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ma vie chez New Balance: comment tout à commencé

Extrait de mon livre paru chez Librinova en septembre 2019

De 0 à 5 milliards
De 0 à 5 milliards – ma vie chez New Balance
Février 1983

La vendeuse du magasin de chaussures COURIR boulevard Saint-Germain me souriait, jolie brune bronzée.

Je cherchais des running. Elle voulait me vendre des New Balance, une marque que je ne connaissais pas. 

Je préférais les Nike plus fines. Les New Balance semblaient grossières, mal finies. La semelle et le haut, la tige, s’ajustaient irrégulièrement. La Nike était bleue et jaune, des couleurs vives, la NB était pâle, bleu roy et grise.

« Prenez les New Balance, ce sont des chaussures très techniques

— Ça veut dire quoi technique ?

— Les semelles sont très techniques.

— Vous ne pouvez pas me donner plus de détails ?

— Elles sont conçues pour faciliter la foulée pendant la course à pied.

— Je ne vois pas comment, la semelle paraît toute simple.

— Ce sont vraiment des chaussures techniques.

— Qu’est-ce que vous entendez par technique ? »

Je ne voulais pas l’embêter, elle était vraiment mignonne mais j’aurais voulu un argument solide car la Nike me plaisait davantage.

« Attendez, je vais aller chercher le patron de New Balance, lui va vous les vendre. »

Un grand type mince accoudé à la caisse au fond draguait la responsable du magasin. Il s’avança vers moi en souriant, bronzé avec une moustache, la trentaine.

« La New Balance est une chaussure technique, confortable et performante.

— Je veux bien vous croire mais je ne vois pas ce qu’il y a de technique dans cette semelle.

— Sa conception, son dessin la rendent parfaite pour l’entraînement longue distance. »

Ses explications ne me convainquaient pas mais c’était le patron, j’avais envie de lui faire plaisir. J’ai acheté les New Balance. 

Je préférais les Nike mais les New Balance semblaient confortables du fait de leur semelle plus épaisse.

Pendant que je payais, il me demanda : « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Je vous observe depuis un petit moment. Je vous trouve dynamique. Je recherche quelqu’un comme vous. Ca vous dirait de venir travailler avec moi ? 

— … Je ne sais pas. 

— J’ai besoin de quelqu’un comme vous. Prenez ma carte. Réfléchissez et appelez-moi. » 

Il s’appelait André Thumas. J’avais 25 ans. Depuis 4 mois j’étais prof de français à Hirson dans l’Aisne, un petit village gris et triste à deux pas de la Belgique. Pour décrire Hirson il suffisait de dire « quand il ne pleut pas, il neige ». Je m’ennuyais. L’enseignement était en théorie le plus beau métier du monde: quoi de plus gratifiant que de partager le savoir avec les plus jeunes, contribuer à leur réflexion, les enrichir ? Mais entrer chaque matin dans le lycée, répéter les mêmes choses jour après jour, année après année ? La perspective de vieillir dans cette routine m’était insupportable. Je ne me voyais pas enseigner longtemps, je n’étais pas prêt. C’était la certitude d’une vie où il ne se passerait rien et je voulais des surprises, de l’inattendu. 

J’ai appelé André une semaine plus tard. 

Il m’attendait dans ses bureaux d’une zone industrielle d’Evry, près de l’hippodrome de Bondoufle. Il se comportait avec une grande décontraction, il souriait comme le jour de notre rencontre. Allongé dans un fauteuil il gardait les pieds sur le bureau. 

Le job consistait à circuler dans toute la France pour visiter les magasins dépositaires des chaussures New Balance et former les vendeurs. Il fallait les familiariser avec les chaussures de la marque pour leur donner envie de les vendre. 

Pour me convaincre de signer il répétait que le business se développait à toute vitesse, que tout allait à merveille. La société était en plein développement en France et dans le reste du monde. Pour lui c’était la perspective d’une vie excitante, d’une carrière prometteuse. Il le répétait constamment, sûr de lui, serein. Je n’avais aucune idée de ce que cela voulait dire, ni si le job me conviendrait mais j’avais envie de quitter l’enseignement. Le salaire était tout juste supérieur car je n’étais pas un bon négociateur et je confondais salaire brut et salaire net. Son enthousiasme sur la croissance de la société me laissait froid. Ce n’était que des mots. J’étais insensible à l’idée de carrière. Par principe je travaillais de mon mieux chaque jour pour satisfaire mon patron et on verrait bien ce qui se produirait. De toute façon je ne supportais pas le lent endormissement de l’enseignant, cette marche inexorable vers la retraite. Je voulais qu’il se passe quelque chose dans ma vie, si je restais prof il ne se passerait jamais rien. Il fallait tenter.

Par martin

littéraire, rêveur, humain, curieux, attentif, musique, littérature, promeneur

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