Dashiell Hedayat CHRYSLER

EXTRAIT D’UN LIVRE À PARAITRE

… Il faut revenir sur le choc que j’ai ressenti la première fois à l’écoute de Chrysler. J’étais en seconde au lycée Branly à Dreux, en 1973. Lycée technique qui ne m’a pas laissé que de bons souvenirs, je m’y sentais entouré de quelques bons copains mais surtout de nombreuses brutes. Au dortoir j’écoutais discrètement la radio sur un tout petit transistor qui tenait dans la paume de la main, équipé d’un écouteur collé à mon oreille. J’écoutais l’émission de Jean Bernard Hebey sur RTL de 9 à 10 et puis le Pop Club de José Arthur sur France Inter de 10 à 11. Une nuit, le Pop Club diffuse un titre rock avec une grosse guitare, une superbe wah-wah et incroyable, chanté en français : « J’ai une Chrysler tout au fond de la cour, une Chrysler rose, elle repose sur ses jantes abandonnées, quand les ressorts grincent, aussitôt les enfants cessent de jouer pour venir regarder, c’est là que je fais l’amour… Ta Chrysler est défoncée… oui mais… on l’est tous. » De quoi rendre dingue un passionné pour qui la vraie musique vient de l’Angleterre et des USA. Qui peut chanter un rock aussi authentique, aussi fort en français ? La chanson se termine sans qu’on annonce le titre ou le nom de l’interprète. J’ai l’impression d’avoir entendu un ovni, du rock authentique, planant, wah-wah déchainée, rythme génial… tellement loin de ce qui vient de France, tellement idéal, si proche du morceau parfait. Une des chansons les plus fortes que j’ai entendues de toute ma vie. Incroyable. Il faut que je trouve ce disque, que je l’achète. Ça parle de Chrysler, c’est tout ce que je sais pour l’identifier. Comment se fait-il que je n’ai jamais entendu parler de ce morceau, un truc aussi fort ? D’où ça sort ? Pourtant je lis tous les magazines, j’écoute toutes les émissions. Comment cette chanson a pu m’échapper ? Comment se fait-il qu’un morceau aussi fort ne soit pas diffusé à la radio tous les jours ? Pourquoi les gens n’en parlent pas constamment ? J’ai hâte d’être au lendemain pour commencer ma quête. C’était mercredi, les pensionnaires pouvaient quitter le lycée à 13 heures, après le déjeuner. Je fonce en courant chez le seul disquaire-libraire du centre-ville. J’attends, avec une impatience à retourner les nerfs, que le monsieur se libère et je lui explique que je recherche un disque français qui parle de Chrysler rose. Je ne me souviens plus comment, ni même si c’est vraiment lui qui a identifié Dashiell Hedayat, mais toujours est-il que quelques jours plus tard j’ai récupéré mon vinyle rose en papier gaufré. « This record must be played as loud as possible, must be heard as stoned as impossible and thank you everybody.” Un putain de bon disque: Long Song For Zelda est une superbe balade, Cielo Drive est un rock qui tient la distance avec de superbes parties de guitare et un final absolument sublime de tendresse et d’étheralité. 

C’est quand même Dashiell Hedayat qui a écrit un bouquin intitulé Le Bleu Le Bleu qui est pour moi un des plus beaux titres au monde. Et, même s’il a connu un peu de succès sous le nom de Jack-Alain Léger, il a fini par se suicider, malade d’être incompris, à la Raymond Roussel. 

Voilà quelqu’un que j’aurais aimé rencontrer simplement pour lui dire : « Oui il y a des gens qui te comprennent et admirent ton génie. Tu n’as pas créé en vain. » 

Rémi sur planetgong.com a écrit : « Obsolete est un disque unique ; un album sans véritable équivalent dans l’histoire de la musique : en quatre morceaux seulement, Dashiell Hedayat & Gong ont enregistré un disque prodigieux, définitif et indispensable. » Rien n’est plus juste.

Laisser un commentaire