Gabriel Matzneff VENUS ET JUNON

lu en janvier 1980

Journal tenu de 1965 à 1969 (29 à 33 ans) Il ne s’agit pas d’un Journal détaillé, quelques lignes suffisent au compte-rendu d’une journée. Le livre commence sur la liaison avec Tatiana (15 ans) qui durera tout au long. Après de multiples hésitations ils décident de se marier. Gabriel cependant n’incline pas pour le mariage et il multiplie les aventures avec des filles rencontrées ça et là et des garçons*. C’est un Don Juan.

Que nous montre-t-il de sa vie dans son Journal? D’abord ses aventures « sentimentales ». Le milieu orthodoxe de Paris, des rencontres, des dîners, des voyages: Tunisie, Algérie, Maroc, Grèce, URSS, Angleterre, Espagne, Suisse, Italie. L’été il passe l’après-midi à la piscine Deligny pour draguer. Il ne parle jamais de ses activités littéraires. Il écrit mais en gardant beaucoup de temps libre. Sans être riche il n’a jamais de souci financier. Dès 1966 il s’intéresse aux dissidents soviétiques et, au cours de deux séjours, s’est rendu compte de la triste réalité soviétique. Il critique les intellectuels français qui célèbrent le 50ème anniversaire de la révolution soviétique sans prêter attention aux dissidents. Une remarque intéressante sur la relativité du bien-être: « J’en ai fait l’épreuve à l’armée, l’homme peut se passer de confort, de sommeil, de baignoire, de femme, de bonne chère, de distraction et même de liberté, il peut se passer de tout ou d presque tout. C’est l’abondance qui crée les obsessions et non le manque. »La constatation est juste, pas la conclusion. L’homme, quelle que soit sa situation, trouve le bien-être, même mince à l’armée, d’une part dans l’espoir d’avoir plus et mieux et ensuite dans le contraste entre les bons et les mauvais moments. le soulagement joue aussi, même à l’armée. Il écrit: « Mes livres ne sont pas faits pour être feuilletés mais pour être ruminés. » Quel écrivain pense le contraire? Il faut être bien naïf pour espérer que les gens ruminent. Naïf de l’écrire, faut-il se croire bien original. Autre remarque qu’il approuve: « Dès qu’un homme de valeur apparait il fait scandale. »C’est ridicule. Bien éloigné de la réalité. Certains hommes de valeur ont pu faire scandale, faut-il en faire une loi? J’ai noté ces phrases pour montrer que l’homme intelligent n’a pas toujours raison. Je pense avoir des opinions sur l’homme et sur la vie non moins justes que les siennes. Curieux de lire ses romans. Journal intéressant, plaisant à lire. Matzneff semble mener une vie bien agréable. Livre cependant léger et qui ne permet pas de le juger en tant qu’écrivain .

* en 1980 je n’étais pas choqué (note de 2020)

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